28/10/2009 21:55

SUÈDE, L'ÉNERGÉTIQUE À LA LIMITE DU PROPHÉTIQUE TGV magazine OCT 2009 ÉRIC TARIANT

SUÈDE, L'ÉNERGÉTIQUE À LA LIMITE DU PROPHÉTIQUE  TGV magazine OCT 2009 ÉRIC TARIANT

 

En précurseur inspiré sur le terrain du développement durable, la Suède mène une politique environnementale exemplaire.

Tout semble réussir à ce nouveau "géant" vert. A tel point que certaines nations, en Europe, devraient utilement en prendre de la graine.

 

Enviée pour sa compétitivité, la vitalité de sa démocratie, le fonctionnement de son marché du travail, son espérance de vie - une des plus élevées au monde ou la générosité de sa protection sociale, la Suède fascine les élites politiques hexagonales. Tour à tour, François Fillon, Eric Woerth et Dominique Perben ont effectué le déplacement en 2007. Ségolène Royal les avait précédés en juillet 2006 ... « L'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin », ironise un haut fonctionnaire de la ville de Stockholm. Moins connue que son modèle social, la politique environnementale suédoise s'avère assurément exemplaire à bien des égards. La Suède figure parmi les très rares nations industrialisées à avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre - de 9 % entre 1990 à 2006 -, tout en enregistrant une croissance économique forte. En moyenne, aujourd'hui, chaque habitant émet 5,8 tonnes de dioxyde de carbone par an, contre 8,6 tonnes pour un Européen et 19,7 tonnes pour un NordAméricain. Ces bons résultats tiennent, certes, à ses ressources hydroélectriques abondantes, mais aussi à la politique volontariste et ambitieuse que mènent les pouvoirs publics.

 

En effet, la Suède n'a pas attendu le rapport Brundtland de 1987 (1) pour s'intéresser au développement durable. Dès 1972, préoccupé par la destruction rapide des ressources naturelles, le pays organise, à Stocldl0lm, la première conférence des Nations unies sur l'environnement. Durement touché par la crise pétrolière des années 1970, il investit, en outre, dans la recherche sur les énergies alternatives, ceci bien avant la plupart des pays européens. Objectif: réduire sa dépendance à l'égard des ressources fossiles (charbon ... ). Dans le même temps, elle institue des taxes élevées sur les produits pétroliers pour encourager la société civile et les industriels à se tourner vers les énergies et les carburants renouvelables.

 

Résultat: à partir de 2006, le pétrole ne fournit plus que 32 % de l'approvisionnement en énergie, contre 75 % en 1970. Et le pays entend bien sortir complètement des énergies fossiles d'ici à 2050. Aujourd'hui, il se place déjà parmi les leaders mondiaux du marché de l'éthanol, investi dès les années 1980. Et les chercheurs suédois se penchent sur les biocarburants de deuxième génération de façon à produire de l'éthanol à partir de lignocellulose: bois, paille, herbe ... Un procédé plus efficace qui, de plus, n'affecte pas les cultures alimentaires. « Grâce aux résidus de l'industrie forestière et à ceux de l'industrie agroalimentaire, notamment, les plus efficaces et les plus avantageux d'un point de vue économique, nous avons triplé notre production de biocombustibles en l'espace de trente ans. Nous n'avons plus aucun besoin d'utiliser des terres agricoles pour produire de la biomasse », se réjouit Tomas Kàberger, le directeur de l'Agence suédoise de l'énergie.

 

Les autres solutions alternatives ne manquent pas. A Linkbping, par exemple, septième agglomération suédoise située au sud du pays, bus, taxis, camions poubelles et trains fonctionnent au biogaz. Celui-ci est fabriqué à partir du gaz généré par le traitement des eaux usées de la station d'épuration et du méthane produit par les déchets des abattoirs ou des usines agroalimentaires environnants. A cet effet, une station de traitement des déchets organiques a été créée, il Y a une dizaine d'années. Donc, rien ne se perd: les déchets traités partent fertiliser les champs des agriculteurs et le gaz épuré est livré aux stations-service.

 

Cogénération non spontanée : "ICI, IL SERAIT INCONCEVABLE, IMMORAL MÊME, D'AGIR AUX DÉPENS DE L'ENVIRONNEMENT" YVES CHANTEREAU ARCHITECTE.

 

 Pionnière dans le domaine de la fiscalité verte, la Suède a également introduit, dès 1991, une taxe carbone sur les consommations d'énergie. A l'époque, le coût de la tonne de CO2 s'élève à 27 euros. Elle atteint dorénavant 108 euros. Une mesure très efficace, renforcée par de gros investissements en termes d'information et de conseils concernant la maîtrise de l'énergie à l'intention des ménages. Chaque commune dispose même d'un conseiller dédié auquel les habitants peuvent s'adresser. Depuis cette date, tandis que la croissance économique augmentait de 48 %, les émissions de gaz à effet de serre de la Suède ont diminué de 8 %. Parmi les leviers les plus efficaces en la matière, on trouve la généralisation des centrales de cogénération pour la production combinée de chauffage urbain et d'électricité. Leur principe: récupérer la chaleur dégagée par la combustion de matière renouvelable, des déchets, par exemple, pour produire de l'énergie. Dans le secteur du bâtiment, ce système a ainsi permis aux Suédois de remplacer en grande partie l'utilisation de pétrole par des réseaux de chauffage urbain à base de biocombustible. C'est ce procédé qui fait tourner la chaufferie centralisée d'Hammarby Sjbstad, un des fleurons des écoquartiers suédois, construit sur une friche industrielle et portuaire au sud de Stockholm. L'énergie y est produite localement grâce à la combustion des déchets et au retraitement des eaux usées transformées en biogaz. La collecte des déchets est réalisée dans des bouches d'aspiration situées en bas des immeubles. Les détritus sont attirés sous terre avant d'être acheminés, grâce à un système de tapis roulant, vers un centre de retraitement. Fini la collecte des ordures par des camions bruyants et polluants. « Aujourd'hui, nous recensons plus de cent installations de ce type à Stockholm. Plus de cent trente mille ménages utilisent cette technologie dans la capitale », souligne Jonas Tbrnblom, le PDG d'Envac, société spécialisée dans le traitement automatisé des déchets. 

 

Autre objectif, très classique mais plus difficile à mettre en œuvre: la réduction de l'usage de la voiture et le développement des modes de transports propres. Dans la capitale, près de 80 % des habitants se rendent à leur. travail avec les transports en commun, contre 64 % à Paris. Et l'usage du vélo aurait progressé de 70 % en dix ans. Aux heures de pointe, il est assez cocasse d'observer les bicyclettes, chevauchées par des costumes cravates et des tailleurs, s'agglutiner sagement aux carrefours. « Nous n'avons aucune place de parking au pied de notre immeuble, mais notre agence est équipée de deux douches à la disposition des salariés », souligne Yves Chantereau, architecte au sein du cabinet suédois Equator. Confortée par ces bons résultats, la municipalité poursuit sur sa lancée. En août 2007, on met en place un péage urbain qui permet de réduire encore le trafic routier et d'accroître la fréquentation des transports publics. Par ailleurs, on se met à encenser les véhicules verts. En centre-ville, tous les bus roulent aux énergies renouvelables, biogaz ou éthanol, contre 10 % seulement à Paris. D'ici à la fin de l'année 2010, la totalité des mille deux cents véhicules de la flotte municipale seront propres: électriques, hybrides, fonctionnant aux biocarburants ou faiblement émetteurs (moins de 120 g de C02 par km). Les particuliers se voient, en outre, proposer des primes alléchantes de mille euros pour l'achat d'une voiture propre. Des taxes plus légères et des parkings gratuits leur sont également réservés.

 

Le premier parc national urbain au monde :

 

Un arsenal vert qui aurait eu de fortes chances de faire chou blanc sans l'adhésion et la coopération des citoyens. Heureusement, en Suède, l'homme de la rue cultive un rapport à la nature plus fort, plus ancien et plus ancré qu'ailleurs. Est ce le fruit de la faible densité d'une population (22 habitants au km2) éparpillée sur un territoire à moitié couvert de forêts, de montagnes, de lacs ou de rivières? Il Les Suédois sont plus attentifs que les autres aux questions environnementales. C'est une préoccupation très diffuse et très consensuelle partagée par toute la société: particuliers, entreprises et pouvoirs publics J), analyse Yves Chantereau, architecte français installé en Suède depuis vingt ans. « Ici, il serait inconcevable, immoral même, d'agir aux dépens de l'environnement. Les enfants sont sensibilisés très jeunes à la protection de la nature et des animaux. )) Il suffit de se promener dans Stockholm, construite sur plusieurs îles et à l'embouchure du lac Màlar, pour prendre conscience de cette particularité. Fait rare dans une capitale occidentale, il est possible de se baigner et de pêcher au centre-ville. L'écoparc, qui s'étend sur plus de dix kilomètres de long, autour et à l'intérieur de la capitale, constitue le premier parc national urbain au monde. Sur les collines plantées de chênes, il n'est pas rare de croiser des chevreuils, des élans et des lièvres. Sans oublier l'eau du robinet qui reste l'une des plus propres de la planète.

 

Dans cette ancienne sociale démocratie, le débat participatif est, par ailleurs, profondément inscrit dans les gènes des citoyens. « Il s'apprend dès l'école. Les habitants sont habitués à se réunir, à débattre, à s'écouter et ... à se mettre d'accord. Se couper la parole, ici, est considéré comme très impoli. Mais il est vrai que nous avons un tempérament plus souple, moins velléitaire que celui des Français. Nous sommes un peu surgelés ", remarque Kerstin Bergstedt, enseignante en retraite. Une disposition qui, en tout cas, facilite grandement l'optimisation et la rationalisation des ressources, dans le domaine du développement urbain notamment. Considérer l'espace de la ville comme un tout permet de privilégier une approche holistique et d'identifier suffisamment en amont les synergies entre les différentes activités - transports, énergies, gestion des déchets et des eaux usées - de façon à optimiser le tout.

 

Conjuguer efficacité énergétique et compétitivité : "NOS INDUSTRIES FORESTIÈRES REPOSENT DÉSORMAIS ENTIÈREMENT SUR LES BIOCOMBUSTIBLES" TOMAS KÂBERGER.

 

Cette philosophie parviendra-t-elle à gagner de nouveaux adeptes hors de la péninsule scandinave? C'est le pari lancé par SymbioCity, plate-forme d'exportation des technologies suédoises, conceptrice d'Hammarby, dont les « concepts» inspirent la future EcoZac des Batignolles, à Paris, ainsi que plusieurs projets de quartiers durables en Chine et en Afrique du Sud. Et c'est, surtout, le souhait du gouvernement suédois. A la tête du conseil des ministres de l'Union européenne jusqu'au 31 décembre, celui-ci entend bien se placer en première ligne, lors des négociations du Sommet de Copenhague, du 7 au 18 décembre, sur le changement climatique (2), pour défendre sa vision ambitieuse du développement durable. A cette fin, la Suède dispose d'un argument de poids : son mode de développement économique caractérisé par une empreinte écologique plus faible qu'ailleurs. « Croissance économique et protection du climat sont compatibles. L'écoperformance est même la seule manière de s'en sortir », martèle Loïc Viatte, conseiller du ministre suédois de l'Environnement pour les questions européennes. En témoigne, notamment, la bonne santé des industries forestières suédoises. Celles-ci ont inventé des technologies qui permettent de conjuguer valorisation de la biomasse forestière, efficacité énergétique et compétitivité. Dans le pays, on ne compte plus les scieries et les usines de papier chauffant les villes où elles sont implantées grâce à leurs déchets considérés, il n'y a pas si longtemps, comme non valorisables. « Nos industries forestières reposent désormais entièrement sur les biocombustibles pour assurer leurs besoins énergétiques. Elles ont été totalement épargnées par la flambée du prix du pétrole à plus de 140 dollars le baril durant l'été 2008, se félicite Tomas Kàberger. Quand leurs concurrents européens et nord-américains, dépendants du gaz naturel pour faire tourner leurs usines, voyaient fondre leur compétitivité, les industries forestières suédoises gagnaient des part de marché. ». Ce modèle inspirera-t-il les délégations européennes nombreuses à faire étape sur les bords de la Baltique en cette période de présidence suédoise ? Il est permis d'espérer. ÉRIC TARIANT.

 

LE MODÈLE SCANDINAVE EXÉCUTÉ DE STOCKHOLM À HELSINKI.

 

Plusieurs des écoquartiers qui ont vu le jour en Europe, cette dernière décennie, se situent dans les pays d'Europe du Nord, de Copenhague à Malmö en passant par Stockholm et Helsinki. D'ailleurs, un détour par la capitale finlandaise - l'occasion, en plus, d'effectuer une belle balade en bateau permet de visiter Eco-Viikki. Situé à huit kilomètres au sud d'Helsinki, cet écoquartier a été construit à proximité d'une vaste zone agricole qui constitue la ceinture verte de la capitale finlandaise. La plupart des habitations (petits immeubles et maisons en bande) de cette ville nouvelle de deux mille habitants sont construites en bois. Les logements sont chauffés et fournis en électricité grâce à un réseau de chauffage urbain par cogénération, complété par des panneaux photovoltaïques, des installations solaires thermiques et géothermiques.

 

(1) Publié par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, il popularise la notion de développement durable. (2) Il définira les suites à donner au Protocole de Kyoto pour les années 2012-2020.

 

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